Vous est-il déjà arrivé de repenser à une situation et de vous dire :
« Pourtant, je suis certaine que c’est comme ça que ça s’est passé. »
Ou encore :
« Je savais bien qu’il allait réagir comme ça. »
« Tout le monde a forcément pensé la même chose que moi. »
« Je n’ai pas le choix. »
Et si, dans certaines situations, ce n’était pas exactement la réalité que vous perceviez… mais une réalité reconstruite par votre cerveau ?
C’est là que les biais cognitifs entrent en jeu.
Un biais cognitif est une tendance automatique de notre cerveau à traiter les informations d’une manière qui simplifie, accélère ou déforme parfois notre perception de la réalité.
Notre cerveau reçoit en permanence une quantité gigantesque d’informations. Il ne peut pas toutes les analyser consciemment. Pour fonctionner efficacement, il utilise donc des raccourcis.
Ces raccourcis sont extrêmement utiles.
Sans eux, nous passerions notre journée à analyser chaque détail avant de prendre la moindre décision.
Le problème, c’est qu’ils peuvent aussi nous amener à :
Et cela peut avoir un impact considérable sur notre vie, nos relations, nos décisions et même sur l’image que nous avons de nous-mêmes.
L’image ci-dessus permet de comprendre simplement quatre grandes familles de mécanismes par lesquels notre cerveau peut nous jouer des tours.

Nous sommes constamment entourés d’informations.
Notre cerveau ne peut pas tout traiter. Il va donc filtrer et sélectionner ce qui lui semble important.
Il remarque plus facilement ce qui est nouveau, inhabituel, émotionnellement chargé… mais aussi ce qui correspond à ce qu’il connaît déjà.
Avant de l’acheter, vous n’aviez peut-être jamais remarqué le nombre de voitures rouges dans votre ville.
Et soudain, vous avez l’impression qu’il y en a partout !
Les voitures étaient déjà là.
Ce qui a changé, ce n’est pas nécessairement le monde. C’est ce que votre cerveau remarque.
Vous commencez à penser que votre conjoint ne fait plus attention à vous.
À partir de ce moment-là, vous allez beaucoup plus facilement remarquer :
Mais votre cerveau risque de moins retenir les moments où il vous écoute, vous aide ou vous témoigne de l’affection.
Vous pouvez alors avoir une impression très forte :
« Il ne fait plus jamais attention à moi. »
Alors que la réalité est peut-être plus nuancée.
Notre cerveau déteste le vide et l’incertitude.
Lorsqu’il ne possède pas toutes les informations nécessaires pour comprendre une situation, il va naturellement essayer de combler les trous.
Il construit une histoire cohérente à partir des éléments dont il dispose.
Vous croisez une connaissance dans la rue.
Elle passe devant vous sans vous saluer.
Que pensez-vous ?
Peut-être :
« Elle m’en veut. »
Ou :
« J’ai dû faire quelque chose qui lui a déplu. »
Mais vous ne savez pas ce qui s’est réellement passé.
Elle était peut-être préoccupée.
Elle ne vous a peut-être simplement pas vue.
Elle était peut-être plongée dans ses pensées.
Votre cerveau, lui, préfère souvent une explication imparfaite à l’absence d’explication.
Vous envoyez un message à quelqu’un et il ne répond pas.
Votre cerveau peut rapidement commencer à construire une histoire :
« Il m’évite. »
« Je l’ai dérangé. »
« Il ne veut plus me parler. »
Pourtant, vous ne possédez qu’une seule information certaine :
la personne n’a pas répondu.
Tout le reste est une interprétation.
C’est une distinction essentielle à apprendre :
Les faits sont ce que nous savons.
L’interprétation est ce que notre cerveau en déduit.
Nous avons parfois l’impression que notre mémoire enregistre fidèlement les événements.
Mais notre mémoire fonctionne davantage comme une reconstruction que comme une caméra.
Nous conservons certains éléments, nous en oublions d’autres, et lorsque nous nous souvenons d’un événement, notre cerveau peut reconstruire l’histoire à partir de ces morceaux.
Il peut même modifier certains détails au fil du temps.
Imaginez qu’enfant, vous ayez assisté à de nombreuses disputes entre deux membres de votre famille.
Avec le temps, vous pouvez conserver l’impression :
« Ils se détestaient. »
Pourtant, si vous retrouvez davantage d’éléments sur leur histoire, vous pourriez découvrir que leur relation était beaucoup plus complexe : de l’amour, de la rivalité, des blessures, de la colère, mais aussi des moments de complicité.
Votre souvenir n’est pas forcément « faux ».
Mais votre cerveau a pu simplifier l’histoire pour pouvoir la mémoriser et lui donner du sens.
Une personne peut se raconter :
« J’ai toujours été timide. »
« J’ai toujours eu du mal à m’affirmer. »
« Depuis toute petite, je suis comme ça. »
En réalité, lorsqu’elle repense à son passé, son cerveau peut sélectionner prioritairement les souvenirs qui confirment cette image d’elle-même.
Les moments où elle a osé, réussi, pris sa place ou été sûre d’elle passent alors davantage au second plan, c’est pourquoi il est important de nuancer dans un premier temps. Exemple: Quand je suis dans un groupe je suis timide et je ne le suis pas en famille.
Notre cerveau n’a pas été conçu pour analyser chaque situation pendant des heures.
Il doit parfois décider rapidement.
Fuir ou rester ?
Faire confiance ou se méfier ?
Agir ou attendre ?
Il utilise donc des raccourcis qui nous permettent de prendre rapidement une décision.
C’est très pratique.
Mais cela peut aussi nous faire réagir automatiquement.
Vous recevez un message qui vous blesse.
Avant même d’avoir réellement réfléchi, vous répondez.
Quelques minutes plus tard, vous vous dites :
« J’aurais peut-être dû attendre avant de répondre. »
Votre cerveau a privilégié l’action immédiate.
Vous devez prendre la parole devant plusieurs personnes.
Votre cerveau anticipe :
« Je vais être ridicule. »
Alors vous trouvez une excuse pour ne pas y aller.
Sur le moment, votre cerveau vous donne l’impression de vous protéger.
Mais il vient aussi de vous apprendre quelque chose :
« Éviter cette situation me soulage. »
La prochaine fois, il risque donc de vous pousser encore davantage à l’éviter.
C’est ainsi que certains automatismes peuvent progressivement s’installer.
Parce que nous ne réagissons pas uniquement à ce qui se passe.
Nous réagissons aussi à la manière dont notre cerveau interprète ce qui se passe.
Deux personnes peuvent vivre exactement la même situation et en tirer deux expériences complètement différentes.
Une remarque peut être entendue comme une critique par l’une et comme une simple information par l’autre.
Un silence peut être vécu comme un rejet par l’une et comme un moment de tranquillité par l’autre.
Un échec peut devenir la preuve que « je suis incapable » pour l’une et une occasion d’apprendre pour l’autre.
L’événement est le même.
L’histoire que le cerveau construit autour de l’événement peut être différente.
Et cette histoire influence ensuite nos émotions, nos comportements et nos décisions.
C’est probablement l’un des aspects les plus intéressants des biais cognitifs.
Nous avons rarement conscience d’être en train d’interpréter.
Nous avons simplement l’impression de voir la réalité.
C’est pourquoi une pensée comme :
« Il ne m’aime pas. »
peut sembler être un fait.
Alors qu’en réalité, il pourrait être plus juste de dire :
« Je constate qu’il a fait X, et j’interprète cela comme une preuve qu’il ne m’aime pas. »
Cette petite différence change beaucoup de choses.
Elle ouvre la possibilité d’une autre lecture.
Et lorsqu’une autre lecture devient possible, notre cerveau n’est plus enfermé dans une seule histoire.
Non, et ce n’est d’ailleurs pas souhaitable.
Les biais cognitifs font partie du fonctionnement normal de notre cerveau.
L’objectif n’est donc pas de ne plus avoir de biais.
L’objectif est plutôt de développer la capacité à les repérer.
Lorsque vous êtes face à une situation qui déclenche une émotion forte, vous pouvez commencer par vous poser quelques questions :
Qu’est-ce que je sais réellement ?
Qu’est-ce que j’imagine ?
Qu’est-ce que mon cerveau est en train de compléter ?
Quelles informations ai-je remarquées ?
Quelles informations ai-je peut-être oubliées ?
Existe-t-il une autre explication possible ?
Est-ce un fait ou l’histoire que je me raconte à propos de ce fait ?
Ces questions ne permettent pas de contrôler son cerveau.
Elles permettent de reprendre un peu de distance avec ses automatismes.
En hypnose, nous travaillons notamment sur les représentations, les automatismes, les associations et les histoires que notre cerveau a construites au fil de notre expérience.
L’objectif n’est pas de nier ce que vous avez vécu.
Il ne s’agit pas non plus de vous convaincre que « tout est dans votre tête ».
Ce que vous ressentez est réel.
Mais parfois, la signification que votre cerveau a donnée à une expérience peut évoluer.
Et lorsque notre perception change, notre manière de vivre certaines situations peut elle aussi changer.
Après tout, nous ne pouvons pas toujours modifier ce qui s’est passé.
Mais nous pouvons parfois apprendre à regarder notre histoire avec un autre angle.
Parce que notre cerveau cherche en permanence à nous protéger, à comprendre et à aller vite.
Et parfois, ce qui nous enferme aujourd’hui est simplement… un ancien raccourci que notre cerveau continue d’emprunter.
La prochaine fois que vous aurez la certitude de savoir ce que quelqu’un pense, ce qu’une situation signifie ou ce qui va forcément se produire, arrêtez-vous quelques secondes et demandez-vous :
« Est-ce que je suis en train de constater… ou est-ce que mon cerveau est en train de compléter l’histoire ? »
Cette simple question peut parfois ouvrir beaucoup plus de possibilités qu’on ne l’imagine.
Lorsque notre cerveau interprète automatiquement une situation, nous avons souvent l’impression que notre pensée est un fait.
L’objectif du travail d’accompagnement peut alors être de créer un espace entre :
ce qui se passe → ce que mon cerveau interprète → ce que je ressens → la façon dont je réagis.
Le coaching permet de prendre conscience de ce mécanisme et de questionner les évidences :
Puis l’hypnose peut permettre d’aller travailler sur les représentations et les automatismes de manière plus expérientielle.
Dans une séance, plutôt que de demander à la personne de lutter contre une pensée ou de se convaincre qu’elle doit penser autrement, on peut lui proposer d’autres façons d’associer les choses, à travers des histoires, des métaphores et des suggestions.
Par exemple, une personne qui pense :
« Dès que quelqu’un prend ses distances, c’est qu’on va m’abandonner. »
peut avoir développé cette association à partir de son histoire.
Le travail ne consiste pas à lui dire :
« Mais non, vous n’allez pas être abandonnée. »
Ce serait demander à son mental de remplacer une croyance par une autre.
On peut plutôt permettre à son cerveau d’expérimenter progressivement d’autres possibilités :
distance ≠ abandon
silence ≠ rejet
désaccord ≠ rupture
erreur ≠ incapacité
changement ≠ danger
C’est là que l’expérience hypnotique peut devenir intéressante : ne plus seulement comprendre intellectuellement que notre cerveau peut interpréter les choses, mais expérimenter intérieurement qu’une autre perception est possible.
Parce que comprendre un mécanisme ne suffit pas toujours.
Après avoir pris conscience d’un fonctionnement automatique, le coaching peut aider la personne à l’observer dans sa vie quotidienne et à expérimenter de nouveaux comportements.
Par exemple :
« La prochaine fois que je constaterai que quelqu’un ne répond pas à mon message, je vais essayer de ne pas immédiatement chercher une explication. Je vais attendre avant de conclure. »
C’est une petite expérience.
Mais chaque nouvelle expérience permet potentiellement de sortir du fonctionnement automatique.
Je terminerais ton article avec quelque chose de très concret et qui interpelle directement le lecteur :
Et si vous faisiez l’expérience pendant une semaine ?
Chaque fois qu’une situation provoque chez vous une réaction forte, posez-vous simplement trois questions :
1. Quel est le fait ?
Ce que je sais réellement.
2. Quelle est l’histoire que mon cerveau me raconte ?
Ce que j’en déduis.
3. Quelle autre histoire serait possible ?
Même si je n’y crois pas encore complètement.
Vous découvrirez peut-être que certaines de vos réactions ne viennent pas uniquement de ce qui se passe aujourd’hui, mais aussi de la manière dont votre cerveau a appris à interpréter certaines situations.
Et c’est précisément là que l’accompagnement peut ouvrir une porte.
Vous n’avez pas forcément besoin de changer toute votre vie.
Parfois, il suffit de permettre à votre cerveau d’envisager une autre possibilité.
L’hypnose et le coaching peuvent vous accompagner dans cette expérimentation : comprendre vos automatismes, prendre du recul, créer de nouvelles associations et surtout… expérimenter autrement.
